Un agent public en contrat à durée déterminée, en poste depuis plusieurs années, a vu son dossier classé « revenus non pérennes » par sa banque habituelle. Le calcul de capacité d’emprunt était pourtant correct : c’est la grille interne de l’établissement, qui pondère le statut et pas seulement le montant des revenus, qui bloquait. Le dossier a été reconstruit, puis financé par une banque partenaire.
Le contexte
- Salarié du secteur public en contrat à durée déterminée, en fonction depuis plusieurs années, résidant en Île-de-France.
- Revenus réguliers, sans interruption, mais statut non titulaire.
- Projet : acquisition de la résidence principale.
- Type de prêt : prêt immobilier amortissable classique, garanti par une sûreté réelle ou un cautionnement.
L’obstacle
Ce que la banque a refusé. Le prêt a été refusé au motif que les revenus d’un contrat à durée déterminée étaient considérés comme non pérennes, indépendamment de l’ancienneté réelle dans le poste.
Le mécanisme bancaire en jeu. Une banque ne se contente pas de calculer un taux d’endettement : elle classe le dossier dans une grille. Dans ces grilles, chaque type de contrat reçoit une pondération. Un CDI ou un agent titulaire voit son revenu retenu en totalité ; un CDD est souvent pondéré à la baisse, voire écarté de certains barèmes, avec parfois une condition de durée restante sur le contrat. Le revenu existe, mais il n’est pas compté au même poids – et le refus porte sur ce classement, pas sur la solvabilité.
Les recommandations du Haut Conseil de stabilité financière (HCSF) fixent un taux d’effort maximal de 35 %, assurance comprise, et une durée de prêt plafonnée en principe à 25 ans. Ce n’était pas le point de blocage : le dossier rentrait dans ces critères. Le HCSF autorise aussi les banques à déroger à ces critères dans la limite de 20 % de leur production trimestrielle, avec une priorité donnée à la résidence principale et aux primo-accédants. Un dossier « limite » peut donc passer… ou échouer, selon la marge de dérogation encore disponible dans l’établissement au moment de la demande.
Le point contre-intuitif : la stabilité de l’employeur et la continuité du parcours, fortes dans la fonction publique, sont rarement mises en avant dans un dossier présenté en standard.
La solution apportée par le courtier
- Reconstituer le parcours de revenus, plutôt que présenter un seul contrat : contrats successifs, avenants, attestations de renouvellement, bulletins de salaire sur plusieurs années et avis d’imposition, pour documenter la continuité.
- Déplacer l’argument du statut vers la réalité du poste : continuité de la fonction, stabilité de l’employeur public, perspective d’évolution documentée.
- Cibler les établissements dont la grille accepte les contractuels, au lieu de redéposer le même dossier au même endroit.
- Rédiger un argumentaire écrit pour l’analyste, en séparant la question du revenu (démontrée) de celle du statut (expliquée).
- Vérifier en amont l’assurance emprunteur et la possibilité d’une délégation d’assurance.
Le résultat
Le financement a été accordé par une banque partenaire, après étude du dossier au fond et non plus au premier filtre. Aucun montant, taux ou nom d’établissement n’est publié ici.
Le résultat décrit est propre à ce dossier et ne constitue pas un engagement de résultat pour une autre situation.
Ce qu’il faut retenir
- Un CDD ne bloque pas en soi : c’est la pondération du revenu qui bloque. Un revenu correct mal pondéré produit un refus.
- Ce n’est pas la règle des 35 % qui vous élimine, mais la grille interne de l’établissement, qui écarte certains statuts.
- Prouvez la continuité, pas le contrat : contrats successifs, avenants, plusieurs années de bulletins et d’avis d’imposition changent la lecture du dossier.
- La marge de dérogation des 20 % se consomme vite : le même dossier peut passer dans un établissement et échouer dans un autre, au même moment.
- Demandez toujours le motif écrit du refus avant de redéposer ailleurs.
Le dossier a été suivi par
Conseillère en prêt immobilier chez Credixia, en Île-de-France.
Questions fréquentes
Peut-on obtenir un prêt immobilier en CDD dans la fonction publique ?
Oui. Le CDD n’entraîne pas un refus automatique, mais le revenu est souvent pondéré à la baisse par la grille bancaire. L’ancienneté, la continuité des contrats et une perspective de renouvellement documentée pèsent dans la décision.
La règle des 35 % du HCSF empêche-t-elle les CDD d’emprunter ?
Non. Le HCSF plafonne le taux d’effort à 35 % et la durée à 25 ans, sans distinguer les types de contrat. Le blocage vient des politiques internes des banques.
Que fournir pour défendre un dossier en CDD ?
Les contrats successifs et leurs avenants, les attestations de renouvellement, plusieurs années de bulletins de salaire et les avis d’imposition.
Sources
- HCSF – Mesure relative à l’octroi de crédits immobiliers
- Service-Public.fr – Je veux obtenir un crédit immobilier
- DGCCRF – Crédit immobilier : les documents remis
- Légifrance – Code de la consommation, crédit immobilier